La tradition du chant sacré en Inde

Les séances de Mantra ont lieu le jeudi matin de 10h à 11h30 à un autre lieu, merci de nous contacter par e-mail ou téléphone pour participer.

Dates des prochains cours :

  • Septembre : 1, 8 et 15
  • Novembre : 17 et 24
  • Décembre : 1, 8 et 15

 

Il est quasi impossible de dater aujourd’hui l’origine du chant sacré et mystique en Inde , tant celui-ci est intimement mêlé à toute démarche traditionnelle de ce pays qui en compte un très grand nombre.

Nous évoquerons ici un aspect du chant issu des traditions du Shivaïsme du Cachemire (Province du nord de l’Inde) et du Tamil Nadu (Province du sud) où l’importance repose sur la capacité d’induire chez le chanteur et chez l’auditeur un état de transe intérieure dans laquelle disparaît toute sensation de dualité.

La pratique s’appuie sur quatre éléments fondamentaux :

  • Le rythme : il s’articule autour d’une science multi-millénaire très précise transmise sans discontinuité de maître à disciple, le « Prânayâmâ », art de contrôle du souffle. Les multiples jeux respiratoires induisent des modes musicaux de plus en plus complexes permettant de parcourir et de visiter des états modifiés de la conscience .
  • La puissance : elle est fonction de techniques de chants, elles aussi très précises, permettant de placer la voix en la faisant vibrer dans des régions très localisées du corps, favorisant ainsi l’apparition de sensations jusqu’alors méconnues. Ainsi, le chant nasalisé qui induit une accroissement de la conscience vigile, ou encore le chant circulaire amenant à une sensation d’extase, ou le chant vital permettant de déployer un suractivité énergétique supprimant tensions et fatigue.
  • La hauteur : elle régule l’intensité de l’état extatique, selon un art consommé du placement de la voix, la démarche traditionnelle voulant que l’adepte puisse toujours conserver une marge de contrôle de soi afin de ne pas être submergé par un débordement nerveux ou émotionnel.
  • La mélodie : il en existe des centaines. Transmises oralement depuis des siècles , elles témoignent à la fois du savoir traditionnel et de la vivacité de la culture yoguique. Chaque mélodie ou groupe mélodique colore l’état extatique d’une émotion ou d’un sentiment spécifique, et permet de parcourir l’ensemble de l’éventail relationnel contenu dans la perception du Sacré.

La pratique en elle-même porte le nom de « Mantra Yoga ».

Le terme Yoga définit toute démarche tendant à faire surgir chez l’adepte un dépassement des limitations qu’impose généralement la pensée, afin de lui faire accéder à un état de silence mental dans lequel peut se révéler l’origine même du Vivant.

Le terme Mantra quant à lui, possède un double sens :

  1. En sanscrit, Man est un dérivé de Manas, la pensée. Quant à tra, lorsqu’il est placé en suffixe, il signifie « préserver, protéger ». Ce premier sens de Mantra rejoint donc celui de Yoga, protéger la pensée signifiant la mettre au repos, et donc au silence.
  2. Mantra possède également le sens de « semence verbale » et « formule incantatoire », où le son en lui-même est porteur d’une germination à venir débouchant sur une perception surnaturelle (qui surpasse la nature et donc se rapproche du « créateur »)

Le Mantra Yoga peut ainsi être compris comme une pratique utilisant le son et la voix comme des outils de spiritualité.

Il bénéficie de plusieurs millénaires de pratiques et de recherches, et peut être considéré à ce titre comme l’une des voies sacrées les plus anciennes sur la planète.

Il a fait l’objet de centaines d’études dans des champs de connaissance aussi divers que la linguistique, l’histoire, la civilisation, mais aussi de la médecine traditionnelle, la physique (propagation des sons) et la psychologie.

Il a aussi fait l’objet d’une étude sur des délinquants en Inde auxquels il avait été donné le choix entre une année d’incarcération et deux années de pratique très assidue du chant sanscrit. L’expérience a montré qu’au terme de ces deux années, chacun d’eux, sans exception, avait développé un esprit paisible et bienveillant !

Au-delà de ces effets bénéfiques et /ou surprenants, la démarche du Mantra Yoga est avant tout une voie de réalisation du Sacré à travers le chant sanscrit, et il serait préjudiciable à cette tradition de ne pas donner la priorité à cette dimension fondamentale.

Sur un plan pratique, elle demande plusieurs années d’études et s’accompagne de tout un ensemble d’exercices complémentaires : tonification et assouplissement du corps, dynamique respiratoire, intenses concentrations, élargissement de la sensibilité, contrôle de soi, méditations...

La séance de chant se déroule sous la forme d’un « répons », une sorte de dialogue entre les adeptes et leur instructeur où les sons circulent selon des formes dirigées par ce dernier . Lorsqu’ apparaît un état extatique chez un des membres du groupe, le chant va s’articuler autour de celui-ci, afin à la fois de lui permettre d’aller plus profondément en lui-même, mais aussi de faire participer, puis entrer chacun des participants dans cette intériorité et cette dimension du dépassement de soi.

Il peut également arriver qu’une personne présente, mais ne participant pas activement à la séance de chant, soit touchée et « emmenée » dans cette même dimension avec l’ensemble des chanteurs.
La tradition du Yoga parle alors d’une perception simultanée et paradoxale de l’Unique et du Multiple dans laquelle s’est évanouie toute sensation de dualité, et donc de souffrance.

Au-delà de cette perception, toute tentative d’explicitation devient vaine, tant l’expérience se dérobe à l’entendement, et la joie qui l’accompagne sans objet.